Salmone Faye, “Le Roi sanguinaire”

 Ce mercredi 06 avril 2005, très tôt le matin, notre équipe de reportage débarque du Conseil Régional de Fatick pour visiter deux sites réputés être
incontournables dans l'histoire de Sanou Mone communément appelé Sanmone Faye. Il s'agit notamment du hameau de Khodjil Ngossor situé près du village de
Diaoulé à une vingtaine de kilomètre de la capitale régionale Fatick et du site de Ndiongolor situé à 12 Km de Fatick sur la route nationale N°1.

arbre-01D'abord, la première étape de notre périple nous a conduit à Khodjil Ngossor où Sanmone Faye reposerait pour l'éternité dans l'ancienne forêt de Lory après trois jours d’intenses combats qui opposaient ses troupes à celles de son neveu Sémou Mack Diouf.

Nous y sommes rendus, accompagnés du vieux Coumba Ndoffène Diouf âgé de 91 ans, de Samba Gnigue (communicateur traditionnel), tous deux natifs de Sob Som, un village situé près de Diaoulé et de la dame Penda Bâ octogénaire et habitante de Khodjil Ngossor du nom de son fondateur Ngossor. La famille BA où est issue la dame Penda Bâ, petite fille de Ngossor est pour tout enquêteur sur Sanmone un passage obligé. Selon la vieille dame qui parle couramment le sérère, il y avait des liens de parenté entre les « ardos » (famille peule où est choisie le chef de village de Khodjil Ngossor) et les « guelwars » (titre de noblesse que portaient les rois de l'ancien royaume du Sine où est issu Sanmone Faye). Le roi accordait une certaine indépendance au ardo à qui il envoyait un « diatgui ». Ce dernier jouait l’intermédiaire avec les populations.

Ainsi, nos hôtes nous ont fait l'honneur de nous conduire jusqu'à l'endroit supposé être la tombe du « roi sanguinaire ». Ces derniers se sont contentés de nous donner  des repères comme les restes d’un baobab calciné, symbolisant aujourd'hui sa tombe. Les goupilles des balles de fusil ramassées de temps en temps témoignent de la véracité des informations fournies par nos interlocuteurs même si l'histoire de ce roi sanguinaire est complexe et parfois controversée.

Après sa fuite de Ndiongolor et de Bicol, Sanmone se réfugia à Somb No Made où son passage n'a duré que le temps d'un feu de paille car il y sera chassé par son neveu Sémou Mack Diouf. Il s'installa dans le village de Même, non loin de Diaoulé et y bâtit une armée puissante et plus tard à Khodjil Ngossor où il implanta son camp avec ses « cedos » (guerriers sérères). Son séjour ne durera pas longtemps puisse que Sémou Mack Diouf qui voulait finir avec son règne, lança un assaut sur Khodjil Ngossor.

Après une sanglante bataille dans la forêt de Lory, ce dernier réussit à s'emparer de Khodjil Ngossor, Sanmone se fit capturer par son neveu à qui il demanda d'enlever l'amulette mystique cachée au milieu de sa tête et sur laquelle reposaient ses pouvoirs de sorcellerie. Sémou Mack qui ne tarda pas à appliquer ses consignes mit un terme à son règne et lui succéda.

Toutefois, des sources orales soutiennent que Sanmone Faye a régné sur le trône du royaume du Sine de 1870 à 1877. De l'avis de certains, il était mal aimé par son entourage à cause de son cynisme et de la dictature qui caractérisait son règne. Il ne cessait de faire endurer à son peuple toute sorte de souffrance que l'on puisse imaginer. Pour confirmer notre argumentaire, le vieux Amacodou Ndiaye, notabilité à Diaoulé qui a grandi sous l'ombre de Mahécor Diouf, dernier rois du Sine et par ailleurs ancien Président de la Communauté Rurale de Diaoulé dira en ces termes : « Sanmone avait l'habitude de porter sur lui une sacoche dans laquelle il mettait de la poudre de piment. Il en avait beaucoup consommé le jour de sa mort et c'est pendant la saison des pluies que les semences ont germé, ce qui est à l’origine de cette histoire de plantes de piment qui auraient poussé sur sa tombe »

Après Khodjil Ngossor, la dernière étape de notre enquête s'est terminée à Ndiongolor où se trouvait la maison du roi Sanmone Faye. Nous avons visité le site qui est composé de deux fromagers formant une cour circulaire au milieu de laquelle est planté un baobab où se trouvait le « mbaagne gaaci> (palissade installée au cœur des concessions sérères cachant la chambre du chef de famille et permettant de conjurer les malédictions afin d’échapper à la honte)

Ainsi, nous avons trouvé deux interlocuteurs en l'occurrence le vieux Maxime Faye né en 1920, actuel Jaraf (Titre de noblesse qu'on donne au chef de village) et son fils Mignane Faye né en 1966 à Ndiongolor. Ces derniers qui se réclament descendants de Sanmone nous ont donné quelques informations relatives à son règne et à son séjour à Ndiongolor. On retiendra le nom de Wagane Faye plus connu sous le nom de Wagane Tening Diom du nom de sa mère
Tening Diom. Celui-ci est le fondateur du village et a régné sur le trône du royaume du Sine avec comme capitale Ndiongolor.

Après sa disparition en 1869 dans la forêt de Massa, son neveu Sanmone quitta le village de Nam Diougoum où il vivait et s’installa à Ndiongolor pour lui succéder. Il hérita de son oncle une maison et un pieu mystique (« salma » en sérère) planté au sol lors d’un «xoy» (une cérémonie qui réunit des voyants sérères pour prédire l’avenir). Sa cohabitation avec ses proches était difficile. Il sera victime d'une trahison et prendra le chemin de l’exil qui le conduira d’abord dans le village de Bicol où il avait élu domicile en un laps de temps, puis dans le village de Som No Made près de Diakhao, ancienne capitale du Sine et enfin à Khodjil Ngossor où il mourut vers 1877.

A Ndiongolor, l’on nous a appris que Sanmone avait de son vivant une fille qui était son unique enfant. Elle s'appelait Penda et ne jouissait pas de ses facultés mentales. Sanmone était un homme qui respectait sa parole et aimait surtout dire « gnaaka Penda » (que je perde Penda) à chaque fois qu’il jurait.
Penda, sa fille était une enfant gâtée sur qui Sanmone veillait ; quelque chose de surnaturel le liait à sa fille.

Ces deux sites historiques que nous avons visités continuent de recevoir des visiteurs qui viennent de tous les horizons.

Mamadou DIOUF, Les Echos de la Région, Conseil Régional de Fatick, avril 2005.

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