LA MORT AU CŒUR DE LA TRADITION SEREER

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Serere SeneGambia

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Dans la tradition sereer, la mort constituait un fait très marquant et bouleversant surtout pour les enfants qui vivaient au village.

Le mort « O kone » en sereer, était très craint par les enfants. A chaque fois qu’il y avait un décès dans une concession, les enfants de ladite demeure et même ceux vivant dans les demeures aux alentours, de peur qu’ils ne soient pas victimes des mauvais esprits à l’occasion de cet évènement malheureux, étaient déplacés dans un autre quartier.

Les enfants y restaient jusqu’au lendemain avant de regagner leur demeure. C’était un moment difficile pour les enfants qui semblaient hanter durant toute la nuit par celle ou celui qui venait de quitter ce bas monde et qu’ils avaient à l’esprit. C’était une nuit pénible que les enfants vivaient pendant cette triste situation.

L’enterrement des morts était du ressort des Hommes (il en est toujours ainsi) et quant on parle des Homme, on fait allusion à ceux qui sont âgés de plus de 20 ans et qui ont fait leur entrée au bois sacré (l’initiation). Si la défunte était une femme centenaire « made no goulok » (reine des mariées), les femmes l’accompagnaient avec des chansons et des danses au rythme des tams-tams. De la boisson alcoolisée était versée dans la tombe de la « made no goulok » pour lui rendre un ultime hommage pendant que les hommes armés de sabres, de machettes et de couteaux rivalisaient d’invulnérabilité. Des coups de fusils y étaient même entendus.

La mort d’un parent ou d’un membre d’une famille est vécue comme un coup de Jarnac aussi bien pour les membres de la famille du défunt que par les proches et par tout le village. Cette mort qui était annoncée d’avance par des signes qui pouvaient se manifester soit par les aboiements des chiens, les hululements des hiboux en pleine nuit et les cris nocturnes des renards, mais également par les rêves des voyants ou « saltigués » (Les techniciens de la divination). Pour le cas du renard, à chaque fois qu’on l’entendait crier la nuit, cela suppose qu’il était accompagné par un « kon faf » (quelqu’un qui s’apprête à quitter le bas monde). Ce « Kon faf » avait le pouvoir de se transformer en singe ou en hyène le plus souvent ou n’importe quel animal domestique ou sauvage.

Des funérailles étaient organisées pour le repos de l’âme du défunt quand il s’agissait d’un adulte ou d’une personne du troisième âge. Plusieurs vaches étaient immolées en guise de sacrifice à l’intention du défunt ou de la défunte.

Pour les dignitaires, les « sidés » (propriétaires de centaine de vaches) et autres personnalités qui mouraient, les « samels » (Les techniciens de la divination) vêtus de rouge et à l’image des « saltigués », organisaient au lendemain des funérailles, une séance de divination au cours de laquelle, ils annonçaient des faits inédits qui leur ont été rapportés par le défunt. Les « samels » avaient les capacités mystiques de citer tous les biens du défunt ou de la défunte (nombre de têtes de vache, biens fonciers, objets précieux, argent enfoui dans le sol quelque part dans la maison, des quatre coins de la chambre du défunt ou sous son lit).

Les « samels » saisissaient l’occasion pour donner tous les traits ou caractères distinctifs du bœuf et des objets que le défunt ou la défunte leur a légués. Cette séance de divination, était aussi pour les « samels » le moment d’annoncer des offrandes pour le repos de l’âme du défunt ou de la défunte mais aussi de prédire de bonnes ou de mauvaises nouvelles.

Cette expérience relève de mon vécu durant mon enfance au village.

Par Mamadou DIOUF

3 Comments on LA MORT AU CŒUR DE LA TRADITION SEREER

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Ndiémé Diop said : Guest Report Mar 07, 2016 at 6:29 PM

Le khon (Khonsou) est en sérère celui qui partait du monde des vivants. Il devait traverser les ténèbres pour rejoindre la lumière. Dans le concept sérère sine, le concept de la mort est identique à celui de nos ancêtres établis sur les rives du Nil. Monsieur Diouf, vous dites, je vous cite « Kon Faf » écrit dans la langue française, mais en sérère vous avez conservé le nom, l’appellation archéologique. Votre publication est révolutionnaire dans le sens que dans l’ancienne « mythologie » Égyptienne Khon (Sou) était désigné comme le voyageur ; celui qui a quitté un monde pour rejoindre un autre, entre ces deux dimensions, il fallait affronter d’autres « forces obscures » Monsieur Diouf, permettez-moi de noter que Kon en Wolof signifie « faire des maléfices, jeter des sortilèges, faire ou jeter des gris-gris » les noirs sont les seuls à avoir conservé dans leur mythologie les références intrinsèques à cette civilisation dite égyptienne. De par mon père, je suis d’origine sénégalaise.

  • Le khon (Khonsou) est en sérère celui qui partait du monde des vivants. Il devait traverser les ténèbres pour rejoindre la lumière. Dans le concept sérère sine, le concept de la mort est identique à celui de nos ancêtres établis sur les rives du Nil. Monsieur Diouf, vous dites, je vous cite « Kon Faf » écrit dans la langue française, mais en sérère vous avez conservé le nom, l’appellation archéologique. Votre publication est révolutionnaire dans le sens que dans l’ancienne « mythologie » Égyptienne Khon (Sou) était désigné comme le voyageur ; celui qui a quitté un monde pour rejoindre un autre, entre ces deux dimensions, il fallait affronter d’autres « forces obscures » Monsieur Diouf, permettez-moi de noter que Kon en Wolof signifie « faire des maléfices, jeter des sortilèges, faire ou jeter des gris-gris » les noirs sont les seuls à avoir conservé dans leur mythologie les références intrinsèques à cette civilisation dite égyptienne. De par mon père, je suis d’origine sénégalaise.

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